Le film «Iperita» est réalisé par Mohamed Bouzaggou,né le 25 novembre 1966 à Dar Kebdani, Ayt Saïd (Nador - Maroc). Il est titulaire d'une licence en droit privé. Il a publié deux romans en langue amazighe son premier roman:«ticri x tamatsarrawt» est publié en 2001. «Iperita» se passe dans les années 80 dans la campagne marocaine affectée par le largage du gaz moutarde toxique lors de la guerre du Rif, infectant de cancer la majorité de la population rifaine.Il a attiré l’attention du public lorsqu’il a participé à la compétition officielle du long métrage de la septième édition du Festival du Film Africain de Louxor cette année. Par son titre, «Iperita», le nom du gaz moutarde, largué par les colonisateurs espagnols sur la campagne marocaine, et par son affiche montrant les ruines d’un fort de la côte marocaine attaqué par les bombardiers espagnols, le film aborde le thème de la guerre. Cependant, le texte conjugue habilement l’historique, le politique et le social, et soulève des questions sur l’histoire et la vérité, le bien et le mal chez l’homme, le crime et le moyen de s’en purifier. Une atmosphère poétique règne sur tous les éléments du film, qui prouve l’arrière-plan littéraire de son auteur/réalisateurBouzaggou, romancier et nouvelliste avant d’être cinéaste. Nous touchons ce niveau poétique dans les cadres, surtout ceux rassemblant plus d’un personnage. Les longs plans, habilement utilisés, expriment la profondeur de champ, et les gros plans se concentrent sur les émotions des personnages. Nous le voyons également dans l’angle intelligent de champ, sélectionné par Bouzaggou, y compris les trois images prises à vol d’oiseau montrant la mort ou la relatant. La mort ici est synonyme de guerre. L’image nous dit que Dieu est témoin du crime de guerre. L’état poétique s’étend vers l’éclairage. Le chef opérateur, Abdellah Allioui, utilise un jaune foncé pour exprimer la mort, comme il a excellé l’emploi de l’ombre pour mettre en évidence le contraste des personnages. La musique est principalement basée sur les instruments à vent et les percussions, dans la plupart des scènes du film. Elle est faible et plutôt occulte. Elle se manifeste en très peu de scènes et s’amplifie sur un rythme de guerre accompagnant l’entrée de «Qader» le diabolique. La distribution vient combiner les instruments occidentaux et folkloriques. L’instrument local, qui accompagne la plupart du film, cède la place à un instrument occidental dans les scènes de «José», le pilote espagnol, dans une bonne compréhension de la nature de la bande de son et de sa capacité à réaliser un récit indirect communiquant avec le destinataire. Par sa nature abstraite, la musique s’adresse à l’inconscient du spectateur. Le scénario est basé sur une narration linéaire, sauf en quelques scènes en Flashback. Bien que la mort/la guerre est le moteur principal des événements, le film en transmet le reflet dans le présent pour dire que la guerre finie depuis plus de six décennies, mais son impact perdure et ses victimes se renouvellent chaque jour. On peut dire que le film incarne la théorie selon laquelle, le contenu secrète sa propre forme. L’impact continue donc par la narration concentrée sur le présent, bien que les événements soient passés. Le scénario se distingue également par le portrait précis des personnages multiples. Les motivations de chaque caractère sont flagrantes, et se reflètent dans l’acte dramatique et non le dialogue, qui vient joindre l’interprétation parfaite de tous les acteurs: les protagonistes telle que Timouch ou secondaires tel qu’Ashour.